
A l'époque, Nanterre avait des couilles ! (et des ovaires, ne soyons pas sexistes !)
Long mais néanmoins captivant rappel historique
totalement subjectif et subversif des faits...
totalement subjectif et subversif des faits...
Auparavant, il y a des millions d'années de ça déjà, l'Université de Nanterre était différente et pas pareille... :)
Pour ceux-celles qui connaissent un peu les lieux, un immense et large couloir reliait tous les bâtiments E, D, C, B et A.
Le bâtiment B, bien qu'abritant la Présidence, les vigiles et les services administratifs, était un lieu ouvert, bordélique et accueillant (oui on sait, ça paraît incroyable aujourd'hui, hein !) : toute la communauté universitaire au sens le plus large s'y côtoyait.
Dans le bâtiment B, il y avait des cours en amphi, un immense hall-squatt' ;) où l'on pouvait sentir flotter une bonne odeur douceâtre caractéristique ;) et voir des petits groupes de gens assis par terre, jouant de la guitare ou jonglant avec des balles de cirque (ouais c'est ça, des hippies ^^ mais des sympas et qui se bougent le fion quand y'a besoin!), il y avait les "dealers officiels" et sympathiques qui occasionnellement assuraient la sécurité en dégageant des relous et les autres dealers (bien moins sympathiques) qui voulaient se taper l'incruste sur la fac, et puis y'avait une cafèt' trop bien qui faisait des frites, vendait de la bière (ouais!!) et de bons cafés (encore plus incroyable ^^).
Tout le monde se croisait et discutait au bât. B ou à la cafèt : les profs, les vigiles, les appariteurs, les administratifs-ves, les dealers, les femmes (et hommes) de ménage, les étudiant-e-s, les jardiniers, l'équipe de la maintenance, les copains ou la famille de tous ces gens là, les mecs et meufs des cités d'à côté venu-e-s assister à quelques cours d'amphi pour tuer le temps intelligemment, etc etc... ! Y'avait de tout et tout le monde !
Franchement, c'était génial. Et l'ambiance générale était bien plus agréable !
Faut dire aussi que cette configuration avait un net avantage pour lancer et propager les mouvements sociaux (donc bien évidemment, la Présidence de la fac et la Préfecture de Police ont ensuite modifié cette configuration...) :
- En faisant une AG en B1 ou B2, on était sûrs qu'il y aurait du monde, vu que c'était un gros lieu de passage et de RDV, où tout le monde y squattait, y compris des profs et des administratifs, et tous les gens gravitant autour de la fac.
- Le fait que tout le monde se croise et discute à la cafèt' permettait de parler des problèmes soulevés en AG : réformes de l'Education, mais aussi soutien aux chômeurs, aux précaires, aux sans-pap', aux populations civiles palestiniennes, anti-capitalisme, répression, lutte contre l'homophobie etc... (à l'époque on se préoccupait aussi des autres, des problèmes de société, et pas juste de nos petits problèmes d'étudiants dian-diants) ; et de diffuser largement les informations.
- Le long couloir reliant tous les bâtiments permettait de "débrayer" les amphis et les TD facilement (débrayer = passer d'amphi en amphi et de TD en TD pour informer les étudiant-e-s et les profs et leur demander de rejoindre la lutte) : en démarrant à 20 ou 30 au bât.A, puis en progressant en cortège de bâtiment en bâtiment à travers le long couloir, on pouvait arriver à réunir jusqu'à 300 personnes au bât.E (ça fait un peu "nous partîmes 500, nous revînmes 3000" lol).
Avec la configuration d'aujourd'hui c'est beaucoup plus difficile : le bât.B étant fermé du côté bât.A et bât.C, on est obligés de passer par l'extérieur pour rejoindre les autres bâtiments. Et là, facile pour les vigiles (comme ils l'ont déjà montré) de nous devancer et nous empêcher d'entrer de nouveau dans les bâtiments en nous fermant les portes à la gueule (ce qui était impossible avant ou presque).
- L'immense mixité sociale du bât.B (étudiant-e-s, mecs et meufs des cités d'à côté venu-e-s discuter avec les étudiant-e-s ou assister à un cours d'amphi, profs, administratifs-ves, jardiniers, personnel du ménage et de l'entretien etc..) permettait un réel dialogue et une diffusion très large des luttes soulevées à Nanterre à travers toutes les couches sociales (ou presque, ne rêvons pas !) et à travers toute la région parisienne (tous les étudiants et visiteurs de Nanterre ne résidant pas à Nanterre, et en parlant autour d'eux), voire au niveau national (car le bâtiment "B pour Bédo" était même nationalement connu ^^ gloire à Nanterre la Verte ! lol).
C'est alors que la Présidence a annoncé la fermeture de la grande cafèt' du bâtiment B pour des raisons "de sécurité" (genre l'huile des frites pourrait prendre feu juste à côté d'une bonbonne de gaz stockée là par hasard, et pleine d'anthrax hein ! Siiiii, c'est possible ! Dans 24 H chrono ;)
Et ça a été le début de la fin.
S'en est suivie l'expulsion discrète mais ferme des dealers attitrés de la fac (qui pourtant, en bouffant et buvant sur place, donnaient beaucoup de sous au CROUS !), pour des raisons de sécurité toujours (genre le shit est peut-être coupé avec du sang de séropositif atteint de la fièvre Ebola, sait-on jamais...), crééant de nouveaux problèmes de sécurité (des p'tits cons de 13/14 piges qui s'la jouent trop, prennent la fac pour une cour de récré géante et font parfois un peu trop chier), problèmes qui auparavant étaient réglés et empêchés par ces mêmes dealers que la fac a dégagé.
Ces nouveaux "problèmes de sécurité" (n'exagérons rien non plus, les p'tits cons qui trainent là parfois n'ont torturé personne !), plus les "désordres" liés aux mouvements sociaux sur la fac ont justifié une nouvelle "politique" de Nanterre à l'égard de ses étudiant-e-s et squatteurs : embauche de plus de vigiles et répression musclée, rumeurs les plus folles sur l'insécurité à Nanterre, installation de caméras de vidéo-surveillance, détecteurs de mouvements, séparation des bâtiments E, D, C, B et A, recours à l'intervention des patrouilles de Police, des CRS et de la Gendarmerie Mobile...
Comment dire ?
L'ambiance est moins fun depuis à Nanterre...!
C'est là que le 16 MARS 2004, environ 300 personnes interviennent pour dire STOP ! à la Présidence... (tadaaaam! choeurs de l'Armée Rouge en fond sonore ;-P)
La Présidence de l'université prévoyait (et prévoie toujours, méfiance donc...) une réorganisation des bâtiments :
un bâtiment = un UFR, isolés les uns des autres, et contrôle des cartes d'étudiant et du personnel administratif et enseignant à l'entrée (ils prévoient même de mettre en place une carte à puce électronique avec badgage à une borne d'entrée, un peu comme le Pass Navigo. Charmant l'accueil à Nanterre, convivial, humain, agréable et tout...!).
La Présidence commence alors par isoler le bâtiment B, siège du Pouvoir Suprême (siège du PS lol), pour le protéger des hordes d'étudiants communistes et anarchistes sauvages venus les pendre haut et court...
Puis, pendant les vacances, elle fait construire un mur entre le bât. E et le bât. D, qui se retrouvent isolés.
Cette fois c'en est trop pour les étudiants (notamment ceux du bât.C qui se retrouvaient dans une faible lumière jaunâtre bien glauque, le mur coupant toute luminosité naturelle qui venait du bât.D et E), et pour les profs et administratifs!, obligés de faire constamment des détours et sauts de puce par l'extérieur pour aller d'une salle de cours à une autre, d'un bâtiment à l'autre.
Les profs et les administratifs, le personnel du nettoyage etc... perdent un temps fou et galèrent à trimballer leurs documents en faisant plein de détours. Et ne parlons pas des conséquences de la constrcution de ces murs pour les étudiants handicapés...
Des pétitions pour la réouverture du passage entre les bât. E et D sont massivement signées et transmises aux hautes instances, qui restent obstinément aveugles.
Le problème est soulevé au Conseil d'Administration, au CEVU, dans les UFR... tout le monde hurle contre ce mur, la Présidence reste encore et toujours sourde.
Aveugle, sourde, et limite autiste!, il est alors décidé de soigner notre Présidence a priori très malade avec un traitement de choc... ;)
Le 16 mars 2004, ne supportant plus d'être enfermés et parqués comme des poules élevées en batterie, quelques 300 personnes se retrouvent pour ré-ouvrir eux-mêmes le passage à coups de masses (comme quoi quand on veut, les travaux c'est du rapide à Nanterre ;-).
Pour les quelques hurluberlus qui trouveraient que le recours aux masses et autres massues est trop violent, je suggère l'exercice suivant : essayez donc d'abattre un mur juste avec des pétitions ! allez !! même en les lançant très fort contre le mur, je doute qu'il cède ^^
L'opération est rondement menée, et en quelques minutes, le passage est de nouveau libre, les terroristes anarcho-autonomo-poujado-gauchistes et autres méchants cannibales activistes communistes auteurs de ce monstrueux attentat au marteau contre un mur innocent se dispersent, et la lumière jaillit du trou béant, redonnant vie aux bâtiments C et D...
A l'époque à Nanterre, ils savaient régler les problèmes !
Aujourd'hui la révolte, c'est plutôt avec du papier crépon coloré...
D'autres modes de lutte que ceux qu'on voit aujourd'hui existent ! Un autre futur est possible ! A Nanterre et ailleurs, NANTERRE PAS TA RAGE !






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